La toilette: Dans quelle mesure le soignant peut-t 'il rendre ce soin plus facile?

Publié le par Sondes AMDOUNI OUERTANI

La toilette: Dans quelle mesure le soignant peut-t 'il rendre ce soin plus facile?

A quoi sert une toilette?
La question peut paraître saugrenue. La réponse permet pourtant de mesurer l'importance de ce soin longtemps dévalorisé. Des différences importantes existent ,suivant les services, au sein même d'un établissement.

C'est ainsi qu'une toilette complète peut sans problème durer plus de 45 mm en réa, alors qu'elle excède rarement 20mn en long séjour. Malgré ces différences, on constate que le patient est en relation environ 45 mn par jour avec le personnel,dont 14 à 20mn pour la toilette. Actuellement ,la toilette représente fréquemment plus de 50% du temps que
les soignants passent en relation avec un sujet âgé. Pourrait -on se permettre de gâcher ce temps en considérant qu'il a pour seul et unique but le lavage d'un corps? Si oui, comment éviterons nous alors que les soignants continuent à se sentir des « techniciens de surface », que les hommes vieux dont ils prennent soin continuent de se ressentir comme des objets.
Nous pouvons donc nous rendre compte de l'importance de la toilette, qui représente le temps maximum passé au contact avec le patient Rappelons aussi que le rôle de soignant c'est de prendre soin d'une personne unique en essayant de l'aider à conserver sa santé, et si possible à l'améliorer.
C'est aussi se montrer solidaire , c'est à dire prendre en compte d'une manière active le patient et ses problèmes.
La toilette pourra donc viser plusieurs objectifs , dont certains seront prioritaires en fonction du patient.


1- L'hygiène et la propreté:

L'hygiène et la propreté sont par définition, les objectifs de la toilette, souvent les seuls enseignés aux soignants.

Le protocole classique est celui de savonner le corps pour décoller les particules sales présentes sur la peau, de rincer pour les évacuer et sécher pour éviter la recontamination, les mycoses.
De plus , l'enseignement dit qu'il faut commencer par le visage ,puis continuer par les mains et terminer par les parties intimes; il est important de rappeler que l'ordre à suivre est du plus propre au plus sale; or nous savons depuis 50 ans que deux des zones les plus souillées du corps sont le visage et les mains. Lors de la toilette , le soin des pieds, de la bouche , de la peau et des cheveux sont à ne pas oublier.
Donc, même si la toilette possédait le seul objectif celui de la propreté, nos connaissances actuelles imposent une refonte de nos manières classiques de procéder.

2- La communication verbale
Dès que nous sommes en relation avec une autre personne nous communiquons par la parole. Chaque fois que nous ne le faisons pas ,que nous restons silencieux, nous signifions un refus de communiquer, un refus d'entrer en relation avec elle .

Dans la majorité des situations, la communication verbale obéit à certaines règles du feed- back(avoir un retour). C'est à dire que si une personne envoie un message à une autre celle ci attend un retour, pour continuer à communiquer.

Dans les relations entre un patient et un soignant , ces communications non verbales représentent 80% du total des communications. La majorité des personnes grabataires se trouvent privées de communications verbales directes dans des proportions importantes.
Les soignants sont très souvent concentrés sur le soin lui même,et non sur la communication qui peut facilement être oubliée lorsqu'elle n'apparait pas nécessaire à l'exécution du soin.
Il faut que la réponse verbale du patient soit cohérente,en lien direct avec la parole ou les actes du soignant.

Les feed-back peuvent être rares, voire inexistants chez les personnes présentant des syndromes d'immobilismes ou des syndromes cognitivo-mnésiques. Cette perte de cohérence entre l'expression verbale du patient et les actions du soignant entrainent irrémédiablement de façon naturelle , l'arrêt de la communication de l'émetteur.

Le silence lors des soins va s'installer. Il ne s ' agit pas de reprocher aux soignants leur silence qui apparaît lors de soins difficiles. .Le silence est naturel, la parole doit devenir professionnelle, elle doit s'apprendre et s'entraîner. Par exemple parler du soin, des gestes prévus (je vais soulever votre bras droit..), exécutés; ces règles paraissent simples mais il faut un entrainement.


3- La communication -non verbale:


En l'absence de feed-back verbal ,il existe presque toujours des feed-back non verbaux,souvent subtils, qui peuvent, s'ils sont détectés, alimenter la communication.

L'observation des mimiques du patient est un savoir-faire essentiel,qui implique à réaliser les soins en étant face au visage du patient ,lieu d'expression du bien et du mal-être. Cette attitude conduit parfois à revisiter le
déroulement d'une toilette à deux soignants... dont aucun ne regarde le patient.
Une part importante de la communication non verbale passe par le toucher.
L'apprentissage d'un toucher professionnel, élément fondamental de la sécurité des mobilisations et de la douceur des manipulations est indispensable au soignant comme au patient.
Toucher comme communiquer s'apprend. Le toucher du soignant doit aussi solliciter l'autorisation corporelle du patient ; tout comme ce toucher , porteur de douceur , favorise le lien et la confiance entre les partenaires du soin.

Les soignants ont appris un certain nombre d'actes de soins , mais rare ceux qui ont reçu un entraînement spécifique à l'utilisation de leurs mains. Nos mains sont pourtant un outil primordial dans la relation et le prendre soin.


4- La réhabilitation du patient:
La toilette constitue l'un des moments privilégiés pour l'utilisation de certaines capacités, pour la réhabilitation du mouvement , de la verticalisation et pour la conscience du corps.
Parallèlement au choix de la toilette , il est indispensable de s'appuyer sur 2 règles:

  • nous ne devons pas faire un geste à la place du patient , sauf si pour des raisons psychologiques, médicales ou humaines il est incapable de le faire.
  • Si un patient ne peut pas faire un mouvement lui même , nous ne devons pas le toucher ,sans l'en informer au préalable (nous devons accompagner nos gestes d'une description). Cette manière de procéder, permet de ne pas rompre la communication avec la personne et de participer à la rééducation ou au maintien de l'autonomie.


5- Les préventions des dégradations corporelles:
La toilette permet de prévenir de possibles dégradations corporelles. La prévention des escarres fait partie du rôle des soignants. Les résultats sont là , car il y a une diminution des plaies et surtout de leur gravité.
Pour prévenir les escarres,il semble qu'il faut d'abord regarder . La douche prévient largement les escarres ,sans doute par la vasodilatation réflexe qu'elle provoque.
L'arrosage des escarres favorise le bourgeonnement des plaies.
Le patient peut aussi avoir des irritations aux plis(sous-mammaires, fessiers, inguinaux,etc.)le lavage puis le rinçage et surtout le séchage sont très importants.
Le patient peut se replier sur lui-même et se retrouver en position foetale. La mobilisation systématique des articulations dans leur amplitude maximum pour les patients grabataires permet de retarder voire d'éviter ses rétractions. Il est nécessaire que les soignants apprennent les techniques douces de mobilisations articulaires, de contrôle des muscles agonistes et antagonistes.
Le patient peut aussi s'enfoncer dans le syndrome de l'immobilisme. La toilette est le moment de lutte contre ce syndrome, qui voit les patients se replier sur eux mêmes,perdre l'usage de la parole , parfois ne plus ouvrir les yeux. Les toilettes accomplies dans le respect de ces objectifs et règles de l'art, qui permettent à la personne de rester en communication avec le soignant et, quand elle peut ,d'utiliser ses capacités, constituent l'une des préventions privilégiées de ce syndrome ou l'homme vieux se replie sur lui même.
Qui sinon le soignant en contact avec les patients, peut pratiquer ces préventions?

6- Le confort du patient:
La toilette ,enfin doit répondre à un désir de confort du patient. Etre bien lavé, bien rasé, confortablement vêtu seront les exigences des patients de demain. Le respect de la pudeur est aussi fondamental.


7-Le confort du soignant:
Le confort du soignant est indissociable de celui du patient. Comment effectuer une toilette correcte sur un lit trop bas?Le constat est que le soin peut être rallongé ,exemple le massage,si le soignant est bien installé. Le mal de dos des soignants est autant dû à des problèmes ergonomiques qu'au problème de manutention. Les toilettes proposées doivent tenir compte de ce facteur de confort du soignant, si l'on veut améliorer la qualité du soin proposé au patient.


8- L'observation et le recueil de données:
Lors de la toilette, la relation privilégiée au patient permet de recueillir des informations capitales, qui peuvent être consignées dans le cahier de soin. Le patient se confie plus facilement aux soignants qui lui font du bien, qu'aux autres.
Pour l'infirmière c'est le meilleur moment pour faire un diagnostic infirmier,préalable,
indispensable au rôle propre.
On parle de toilette évaluative (Gineste et pelletier), c'est une toilette effectuée en collaboration avec les aides soignantes et l'infirmière , celle ci l'évalue, et cela permet de poser de réels objectifs de soin, adaptés à la situation; et aussi de choisir le type de toilette pour le patient en fonction de ses capacités.


Une des conclusions après la description de ces objectifs ,est que la toilette du patient en institution est un acte de santé . Le soignant doit se sentir revalorisé dans ces actes et par son relationnel.

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Source: http://www.academia.edu/13713173/V%C3%A9ronique_LE_ROUX_IDE_Centre_Saint_Vincent_Lannouchen_%C3%A0_LANDIVISIAU

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