Le concept de MALTRAITANCE est-il stable ?

Publié le par Sondes AMDOUNI OUERTANI

Le concept de MALTRAITANCE est-il stable ?

C’est là une question est très difficile.

D’après l’association ALMA, le champ de la maltraitance recouvre :

  • La maltraitance physique qui englobe les coups, les blessures, les brûlures, les violences sexuelles, les manipulations brusques… Cette liste n’est bien évidemment pas exhaustive.
  • La maltraitance psychique qui peut se traduire par un langage inadapté et irrespectueux, un chantage affectif, une domination psychologique, une non considération…
  • La maltraitance financière ou matérielle comme utiliser un compte bancaire, des chéquiers à l’insu de la personne, lui faire signer des chèques en blanc, escroquerie…
  • Maltraitance médicale qui peut se traduire par des soins inadaptés, un surdosage de médicaments, un traitement médicamenteux mal pris, absence de soins de base, non prise en compte de la douleur de la personne…
  • Négligences actives qui peuvent être des sévices perpétrés consciemment, avec une intention de nuire
  • Négligences passives qui sont des abus, des oublis effectués non consciemment et pas avec une intention de nuire.
  • Privation ou violation de certains droits comme interdire de pratiquer une religion ou limiter ses droits civiques.

Encore ALMA a-t-il mis de l’eau dans son vin et raccourci sa liste. Cependant, telle quelle, elle a encore de quoi gêner : que dit-on quand on dit qu’un oubli peut être une maltraitance ? Ou qu’un surdosage médicamenteux, le plus souvent accidentel, relève de la maltraitance ? On voit bien la raison de cette énumération : il s’agit de lister toutes les situations qui peuvent relever de la maltraitance ; mais on sait bien quel est le problème épistémologique de toute définition : si on veut qu’elle soit utilisable il faut la restreindre, et si on veut qu’elle soit complète on arrive à ne plus rien définir du tout.

Une autre voie serait de distinguer trois notions :

  • La contrainte : il s’agit de toutes les situations où la personne vulnérable est empêchée de faire ce qu’elle veut.
  • La violence : ce terme recouvre toutes les situations où la contrainte est imposée par la force.
  • On réservera le terme de maltraitance aux situations où la contrainte est imposée sans qu’il soit fait référence au bien de la personne vulnérable.

On voit que toutes les maltraitances sont des violences et que toutes les violences sont des contraintes, mais que les réciproques ne sont pas vraies ; car il y a des violences auxquelles le soignant se résout parce qu’il a la conviction d’agir pour le bien de la personne vulnérable ; et il y a des contraintes qui sont imposées parce que le contexte ne permet pas de faire autrement.

Mais cette typologie a trois inconvénients au moins :

  • Le premier est qu’un même acte peut être qualifié des trois façons : la personne âgée qui accepte à contrecœur d’aller en maison de retraite subit une contrainte ; si elle est attachée sur sa chaise parce qu’elle cherche à s’enfuir elle subit une violence ; si elle est enfermée dans sa chambre parce que les soignants ne souhaitent pas la surveiller, on se trouve dans la maltraitance.
  • Le second est que si la maltraitance est ainsi réduite aux actes délibérés, il n’y a pas besoin d’une définition : le Code Pénal y suffit.
  • Le troisième est que si cette typologie permet de mieux discerner les actes en fonction de l’intention du professionnel, elle ne prend pas en compte le fait que, du point de vue de la personne qui subit la situation, la différence n’est pas si évidente.

Et c’est bien tout le problème : parler de maltraitance, c’est parler d’un maltraitant qui maltraite un maltraité. Si on se place du point de vue du maltraité, alors on se trouve mettre sur un même plan le professionnel sadique, le professionnel épuisé, le professionnel mal formé, le professionnel qui, en conscience, arrive à décider qu’il lui faut contraindre, etc… Et si on se place du point de vue du professionnel on se contraint à négliger le ressenti de la personne subissant l’acte contesté.

La conclusion s’impose : il n’y a pas de définition convenable de la maltraitance. Les seules situations claires sont les situations délictueuses, où on n’a que faire du concept.

Autant dire qu’on est mal à l’aise avec la notion de bientraitance, puisqu’elle se construit, dans un concert de dénégations qui ne trompe personne, en opposition à un concept qui n’a lui-même aucune définition convenable.

Force est donc de se montrer circonspect. Le mot de bientraitance peut être utilisé parce qu’il est d’apparence simple ; mais ce n’est qu’un slogan et si les slogans ont une utilité il serait absurde de leur demander de la finesse ; c’est un mot qui dit bien ce qu’il veut dire et comme tous les mots de cette nature, s’il le dit bien c’est qu’au vrai il ne dit pas grand-chose. Mais au cours de son utilisation il faudra s’attendre à noter quelques effets indésirables, voire quelques dangers, comme on le verra.

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Source: http://michel.cavey-lemoine.net/spip.php?article95

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