CHANGER DE REGARD SUR LE VIEILLISSEMENT

Publié le par Sondes AMDOUNI OUERTANI

CHANGER DE REGARD SUR LE VIEILLISSEMENT

Vieillir, c’est quoi ? Et si c’était avant tout une question de regard sur soi ?

« Vivre seul, se lever avec le soleil, se coucher avec les poules, ça va un moment. Et puis ça mine. Moi j’ai envie de me coucher avec une poule et de me réveiller avec une poule, pas une à plume, tu m’avais compris. »

Au bord de la rivière, deux vieux copains regardent s’étirer le temps long de leur retraite. C’est à peine s’ils ont besoin de se parler. Un petit canon au bistrot du coin, après la partie de pêche, ça suffit bien pour dire toute la chaleur de l’amitié. Et parler de quoi, d’abord ? Les jours se ressemblent tellement pour Emile et Edmond, depuis qu’ils sont veufs…

Pourtant, au détour de quelques banalités, Edmond confie un jour à son ami qu’il fait de la peinture : des nus féminins, librement interprétés de photos de magazines… Emile n’en revient pas. Mais Edmond va plus loin dans la confidence : il s’est inscrit à une agence matrimoniale. La solitude lui pèse, et puis, il n’y a pas d’âge pour s’autoriser la séduction.

Emile était déjà perturbé, mais la mort brutale de son ami va ouvrir un vide dans sa vie. Un vide ? Non. Plutôt une brèche : et si la vie n’était pas encore finie ?

Alors, le voilà qui part sur les traces de son enfance, dans sa petite voiture sans permis. A pas feutrés, d’abord, puis avec l’appétit qui revient en mangeant, Emile retrouve le goût de l’existence : le sel, le piquant et le miel de l’insolite et des rencontres…

Pascal Rabaté s’attaque à un thème rarement abordé en bande dessinée : la vieillesse. Il pose sur ses personnages un regard tendre, et donne à son histoire la douceur d’une comédie. Il y a une verdeur particulière dans le trait, la lumière, les couleurs comme dans le propos. La verdeur d’une santé qu’on sait éphémère, mais qu’on a bien envie de respirer à pleins poumons, comme Emile.

On avait connu le dessinateur plus expressionniste et plus noir dans sa série Ibicus ; ici, il livre un récit chaleureux, profondément humain, qui vient bousculer les représentations habituelles de la vieillesse comme le temps de la vulnérabilité et de la perte. Cette bande dessinée souligne cette idée à laquelle nous tenons : que la vie est un continuum, et le temps une donnée qui s’appréhende de manière inégale, selon les dispositions, les représentations de chacun en fonction de sa situation dans son cycle de vie.

Une pépite qui vient nous rappeler que la poésie ne se laisse jamais éteindre, pourvu qu’on sache la regarder.

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Source: Borel M. (01 mai 2015), “Changer de regard sur le vieillissement”, Carnet de recherche SocioRadio

Publié dans Santé Mentale

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